Le Figaro: «Plaidoyer pour une solution démocratique en Catalogne»

Le Figaro: «Plaidoyer pour une solution démocratique en Catalogne»

FIGAROVOX/TRIBUNE - Daniel Camós, délégué de la Généralité de Catalogne en France, réagit à une chronique du Figaro critique sur l’indépendantisme catatan. Il présente le point de vue des autorités de la communauté autonome sur le conflit qui l’oppose au gouvernement espagnol.


Daniel Camós est délégué de la Généralité de Catalogne en France.


Le 21 février le monde fêtait la journée internationale de la langue maternelle, établie par l’UNESCO en 1999 afin de promouvoir la diversité linguistique et le multilinguisme. Ce même jour, Le Figaro publiait un article signé par Charles Jaigu, attaquant le modèle plurilingue de la Catalogne et déformant sa réalité culturelle et politique. Cet article, truffé d’imprécisions et de contre-vérités, s’acharne contre le bilinguisme propre au système éducatif et à la société catalane. De plus, il dénigre le mouvement réclamant une solution à travers les urnes pour la question de l’indépendance, le qualifiant notamment d’obtus, de sectaire ou de fanatisé. Ces attaques et imprécisions sont le fruit d’une méconnaissance manifeste de la réalité linguistique, culturelle et politique en Catalogne que je souhaite pallier.

Les Catalans sont un peuple pluriel et ouvert, fortement pro-européen, républicain et progressiste. Il n’y a pas en Catalogne de repli sur soi, pas de populisme xénophobe, anti-immigration ou anti-européen. La participation aux élections européennes est historiquement plus élevée en Catalogne que dans le reste de l’Espagne, et la société civile est extrêmement active et organisée. Dynamique et multiculturelle, la Catalogne attire chaque année des centaines de milliers de touristes, ainsi que de nombreux investisseurs étrangers et de grands congrès internationaux comme le Mobile World Congress. Elle regorge de startups, de créateurs artistiques, ou encore de festivals de théâtre, de danse ou de musique comme le Sonar.

La Catalogne est une des régions les plus solidaires d’Espagne.

La Catalogne est par ailleurs une des régions les plus solidaires d’Espagne. Pendant la crise économique, le parlement catalan a voté des lois sociales uniques en Espagne pour protéger les plus démunis de la crise immobilière et de la pauvreté énergétique. Lors de l’arrivée massive de réfugiés de 2017, les rues de Barcelone ont réuni la plus grande manifestation de notre continent sous le slogan «nous voulons accueillir», contre les politiques d’accueil restrictives du gouvernement du Parti Populaire.

La promotion de la langue minoritaire, le catalan, a fait de la Catalogne une terre bilingue, ce qui a renforcé la cohésion sociale et l’égalité des chances. Loin d’imposer une hégémonie culturelle ou linguistique catalane, ou d’endoctriner les élèves, les politiques linguistiques et éducatives des gouvernements catalans successifs ont permis de réhabiliter le catalan, interdit pendant le franquisme, et de faire du bilinguisme une réalité sociale. Si l’espagnol, la deuxième langue la plus parlée au monde, reste prédominant, la langue catalane est parlée couramment en Catalogne et comprise par plus de 95% de la population (même si seulement 55% l’écrit). Dans la ville cosmopolite de Barcelone, plus de commerçants s’expriment habituellement en espagnol qu’en catalan (51% versus 34%). L’enseignement et la création artistique et culturelle s’épanouissent dans les deux langues, bien que l’espagnol demeure prédominant dans certaines sphères, notamment le cinéma: les films en catalan ne représentent en effet que 2% du cinéma émis en Catalogne, comparé à 70% pour l’espagnol (une réalité qui contraste avec les affirmations erronées de Charles Jaigu). Ce bilinguisme est une marque de l’ouverture et de la diversité de la société catalane. Fiers de leur culture et de leur langue propre, les Catalans ont toujours promu l’intégration dans la diversité, et voulu la Catalogne comme une terre d’accueil. 1,7 million d’étrangers s’y sont installés pendant la dernière décennie et plus de 40 langues y sont parlées.

Comment expliquer, dans ce contexte, l’adhésion d’une bonne moitié des Catalans au projet d’une république catalane indépendante? La réponse se trouve dans la difficulté, voire l’impossibilité, à moderniser le pacte autonomique entre la Catalogne et l’Espagne issu de la transition du franquisme. Le modèle autonomique espagnol, fruit de la transition démocratique après la mort de Franco, s’articule en Catalogne autour de l’Estatut, qui régit les relations entre la Catalogne et l’Espagne. L’Estatut de 1979, rédigé sous la pression du pouvoir militaire de la dictature, choisit une voie intermédiaire entre le modèle centraliste défendu par les uns et le modèle fédéraliste défendu par les autres: ce sera le modèle «autonomique».

En 2010, une Cour Constitutionnelle fortement politisée ampute des parties essentielles du nouveau statut de la Catalogne, ce qui est vécu comme une trahison de la volonté populaire.

Un quart de siècle plus tard, un nouvel Estatut est approuvé, d’abord par le Parlement catalan en 2005 avec l’appui de 89% des députés, ensuite par le Parlement espagnol, et enfin dans un référendum en Catalogne. Mais cet Estatut, à forte légitimité démocratique, est remis en cause à des fins électoralistes par le Parti Populaire. En 2010, une Cour Constitutionnelle fortement politisée ampute des parties essentielles du texte, ce qui est vécu en Catalogne comme une trahison de la volonté populaire.

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